Et pour quelques “Brandeurs” de plus…
Maurice est un pays admirable (tiens, qui d’autre a dit ça?...) La liberté de dire y est, plus que nulle part ailleurs, un mode de vie. Et puisque j’y vis, je vais donc y aller moi aussi de mon petit laus et réagir, en premier lieu, au concert qui a retenti dans les colonnes du Mauricien du 14 octobre, en page 8, dans la rubrique Forum.
En lisant cette page, on a l’impression qu’une guerre ouverte a été declarée contre Mauritius, c’est un plaisir. Le Mauricien a ainsi rassemblé plusieurs opinions sous la même bannière. Ma réaction sera donc frontale. Elle s’adresse à ces personnes (la plupart sont Mauriciennes) qui ont exprimé leur opinion sur notre image de marque fraîchement dévoilée.
En fait, je serais plutôt tenté de dire qu’elles ont pris un malin plaisir à vouloir marquer au fer rouge une équipe avec laquelle j’ai le privilège de travailler, c’est un plaisir, qui fait tout le boulot depuis un sacré bout de temps déjà. Un boulot que personne d’autre n’a jamais pu ou su ou voulu faire auparavant.
Ainsi, l’une d’entre elles, ayant probablement perdu le nord, trouve des “M sans âme” des “Maurisiousse”, des montagnes a la place de l’ile, des “erreurs de stratégie”, une “absence de diversité”. Une autre obsédée, griffée semble-t-il par l’image du tigre, est “frappée de stupeur”, voit des “monstruosités architecturales” au pied du Pieter Both, se noie dans les “nuages de fumée” des véhicules et lorsqu’elle est dans les rues de Maurice, “slalome entre les crachats”. Une troisième, croyant bien faire, a eu la lumineuse idée de décliner une vingtaine de brands mais se tire une balle dans le pied puisqu’elles se révèlent au final beaucoup moins attrayantes que la nôtre. De dépit, elle finit par comparer Maurice à Blackpool, on se demande si elle ne s’est pas trompée d’hémisphère. Une autre encore affirme qu’une école primaire aurait pu pondre une meilleure image de marque, ce qui nous amène à nous interroger sur son niveau de compétence à lui.
Une dernière enfin, profitant de l’occasion pour régler quelques comptes et donner quelques leçons d’histoire (tiens, où ai-je entendu ça?...) livre une thèse cosmétique et/ou indigeste qu’elle aurait probablement rêvé voir valider et finit par dériver vers le tourisme sexuel.
Toutes ces personnes ou presque, soit dit en passant, ont un problème avec le fric. Elles citent avec avidité une somme d’argent comme si elles regrettaient de ne pas avoir pu l’empocher. Eh bien oui, un exercice comme celui qui a eu lieu depuis plus d’un an, ça a un prix et ça se paie, n’en déplaise à ces personnes.
Il est donc bien facile de résumer de raccourcir de réduire de détruire. Il est, en revanche, moins aisé de traduire, de suggérer, d’attirer, de créer. Et de plaire…
Quoiqu’il en soit, le Forum du Mauricien nous aura rendu un service: celui de démontrer à quel point des personnes d’horizons divers peuvent se retrouver dans la même impasse, lorsqu’elles sont porteuses de négativité, obsédées par le mauvais côté des choses, lorsqu’elles sont prêtes à abuser de leur liberté de dire (et d’écrire). Leur imagination est alors débordante, démesurée, désopilante, bref, vraiment pas sérieuse. Et si toute cette aigreur avait été transcendée en créativité PENDANT tout l’exercice de consultation multi-sectorielle qui a duré plus d’un an et mis à contribution l’ensemble des secteurs d’activités? Il faut croire que ces personnes ont choisi de ne pas lire le Mauricien (qui a régulièrement écrit sur tout l’exercice) durant toute cette période. Ou alors étaient-elles occupées à faire chauffer à blanc leurs fers à marquer ?
Prenant une certaine liberté avec la langue et les règles, je les appellerais les “Brandeurs”.
Avant de conclure et en dernier lieu, je voudrais réagir par rapport à l’éditorial de Gilbert Ahnee, paru dans le Mauricien du même jour, en page 3. Faisant écho à nos “Brandeurs”, le rédacteur en chef du Mauricien les qualifie d’ “observateurs avertis des tendances”, estimant aussi qu’ils sont “bien placés pour comprendre les enjeux de la stratégie et du positionnement”. Comme s’il suffisait de l’écrire pour que cela se transforme en réalité, dangereuse assertion!
Mais ne nous laissons plus assourdir par la rhétorique, je m’empresserai donc de tourner la page. Il est clair que ceux qui se sont exprimés sur la page publique du Mauricien n’ont jamais réellement pris la mesure de leur île. J’aimerais pouvoir les rassurer car pour moi vivre, être en vacances, travailler, aimer, boire et manger, s’investir, à Maurice, c’est, définitivement un plaisir…
Monday, October 19, 2009
Monday, October 5, 2009
Les militants de l’heure d’été
Les militants de l’heure d’été,
ou Lorsque le ridicule ne tue pas
Dans la nuit du 22 au 23 septembre derniers, un événement ordinaire s’est produit à l’île Maurice. Tellement ordinaire que ça a eu lieu dans l’indifférence, dans l’igorance générale. Occupés que nous étions tous à nos commémorations en tout genre et à notre brûlante actualité - brûlante pour la langue s’entend - nous l’avons occulté, comme nous le faisons d’ailleurs chaque année. Pourtant l’équinoxe – puisque c’est de lui qu’il s’agit – marque une étape importante dans le rythme de nos vies et de la nature qui nous entoure.
La date de l’équinoxe est immuable, ou presque, pusqu’elle peut varier d’un jour tous les 400 ans. L’équinoxe marque ainsi la fin de l’hiver tropical et annonce l’été. Ah! l’été, cette saison torride que nous envient tous les gens du nord… Celui de cette année sera pourtant un peu fade, comparé au précédent.
Je me rappellerai toujours de l’été 2008… Certaines personnes évoquent avec une grande nostalgie ces années qui auront marqué leur vie: l’été 1942, l’été 1968, l’été 1989… Pour moi, l’été 2008 fera date dans l’histoire de notre île et ce pour deux raisons intimement liées, revers d’une même médaille. En introduisant l’heure d’été, 2008 aura ouvert à certains les portes d’un horizon nouveau et aura révélé l’incapacité des autres à s’adapter au changement. L’idée était géniale, tellement géniale qu’elle ne sera pas renouvelée en 2009…
L’heure d’été avait donné une dimension nouvelle à nos petites vies insulaires, brisant la monotonie des journées poussives, prolongeant le moment magique qui marque la transition entre jour et nuit.
A 20h, nous étions encore dehors, à admirer le soleil couchant, à nous ébattre en plein air, à courir ou à marcher, à nous oxygéner les voies respiratoires, à nous recharger les neurones après nous être extirpés du trafic et des embouteillages.
Dix ou onze heures plus tard, il n’était pas encore levé que nous le devancions, sur le chemin de l’école et du travail, déjà prêts à reprendre le rythme infernal. Nous avancions à pas feutrés dans la douceur exquise du petit matin, tout à l’émerveillement d’une aube nouvelle, jusqu’à ce que les premiers rayons viennent éclairer notre journée.
Mais bon! l’été 2008 n’est plus qu’un souvenir puisque le gouvernement, à travers un communiqué bref comme une claque, a informé les Mauriciens que, cette année, il n’y aurait pas d’heure d’été à cause des protestations de divers groupes…
J’ai encore en mémoire le tollé, la levée de boucliers qu’a suscité l’heure d’été, avant même son introduction et tout au long de l’été 2008-09. Parents d’élèves, employés des transports, ouvriers, fonctionnaires, mais aussi certains religieux et même les… fans de foot se sont élevés contre la nouveauté, se constituant en groupes de pression, investissant les media et la place publique. Cette heure, ils n’en voulaient pas, elle leur est restée en travers de la gorge – ils n’ont d’ailleurs même pas pu en profiter, occupés qu’ils étaient à râler.
Et s’il avait fallu s’adapter, si la mesure d’économie d’énergie avait porté ses fruits à un plan national? Si le gouvernement, faisant fi de petites considérations égoïstes des citoyens lambda, avait imposé, cette année encore, la mesure? Comme le veut la coutume mauricienne, les lobbies se sont déchaînés, prêts à renverser le pouvoir, soucieux de défendre la forteresse des petites habitudes.
Les protestaires disaient qu’ils souffraient, avaient même exprimé leur inquiétude par rapport à la santé mentale de leurs enfants transformés, le temps d’un été, en zombies.
Je ne jugerai pas de la souffrance des autres, ce n’est pas mon rôle. Je me sens cependant obligé, au nom de ceux qui adhèrent aux idées nouvelles, de faire un constat. Avec l’introduction ratée de l’heure d’été sur une base permanente, c’est la faculté d’adaptation du Mauricien au changement qui a été sérieusement ébranlée. Durant l’été 2008, il a été soumis au test, il a échoué.
Pour la majorité d’entre nous, rien ne saurait remplacer les bonnes vieilles habitudes, les traditions. A part quelques retouches cosmétiques, apportées ça et là, nous refusons de voir modifier sous nos yeux le beau tableau que nous appelons notre quotidien. Nous ne pouvons supporter de voir notre train-train changer de rythme, prendre un chemin de traverse.
Quant à nos traditions, nous y sommes ancrés. Rien ne saurait nous en extirper. Elles exercent un chantage émotionnel sur nous, se substituent aux cultures et religions qu’elles sont censées représenter, en devenant l’objet même de la vénération.
Or, rien de tel pour mettre les traditions à l’épreuve que de les bousculer gentiment. Ainsi, à l’avenir, un nouveau groupe pourrait se constituer: celui des Adorateurs de l’Heure d’Eté. Il militerait pous plus de soleil, ferait ses libations le soir à l’autel du couchant. Il assiègerait les journaux, accaparerait les ondes, ferait pression sur les gouvernants pour ré-introduire l’heure d’été…
Ran nu ler lete! serait le slogan. Ridicule? Pas de crainte, le ridicule ne tue pas. La preuve en a largement été faite tout au long de l’été 2008-09.
ou Lorsque le ridicule ne tue pas
Dans la nuit du 22 au 23 septembre derniers, un événement ordinaire s’est produit à l’île Maurice. Tellement ordinaire que ça a eu lieu dans l’indifférence, dans l’igorance générale. Occupés que nous étions tous à nos commémorations en tout genre et à notre brûlante actualité - brûlante pour la langue s’entend - nous l’avons occulté, comme nous le faisons d’ailleurs chaque année. Pourtant l’équinoxe – puisque c’est de lui qu’il s’agit – marque une étape importante dans le rythme de nos vies et de la nature qui nous entoure.
La date de l’équinoxe est immuable, ou presque, pusqu’elle peut varier d’un jour tous les 400 ans. L’équinoxe marque ainsi la fin de l’hiver tropical et annonce l’été. Ah! l’été, cette saison torride que nous envient tous les gens du nord… Celui de cette année sera pourtant un peu fade, comparé au précédent.
Je me rappellerai toujours de l’été 2008… Certaines personnes évoquent avec une grande nostalgie ces années qui auront marqué leur vie: l’été 1942, l’été 1968, l’été 1989… Pour moi, l’été 2008 fera date dans l’histoire de notre île et ce pour deux raisons intimement liées, revers d’une même médaille. En introduisant l’heure d’été, 2008 aura ouvert à certains les portes d’un horizon nouveau et aura révélé l’incapacité des autres à s’adapter au changement. L’idée était géniale, tellement géniale qu’elle ne sera pas renouvelée en 2009…
L’heure d’été avait donné une dimension nouvelle à nos petites vies insulaires, brisant la monotonie des journées poussives, prolongeant le moment magique qui marque la transition entre jour et nuit.
A 20h, nous étions encore dehors, à admirer le soleil couchant, à nous ébattre en plein air, à courir ou à marcher, à nous oxygéner les voies respiratoires, à nous recharger les neurones après nous être extirpés du trafic et des embouteillages.
Dix ou onze heures plus tard, il n’était pas encore levé que nous le devancions, sur le chemin de l’école et du travail, déjà prêts à reprendre le rythme infernal. Nous avancions à pas feutrés dans la douceur exquise du petit matin, tout à l’émerveillement d’une aube nouvelle, jusqu’à ce que les premiers rayons viennent éclairer notre journée.
Mais bon! l’été 2008 n’est plus qu’un souvenir puisque le gouvernement, à travers un communiqué bref comme une claque, a informé les Mauriciens que, cette année, il n’y aurait pas d’heure d’été à cause des protestations de divers groupes…
J’ai encore en mémoire le tollé, la levée de boucliers qu’a suscité l’heure d’été, avant même son introduction et tout au long de l’été 2008-09. Parents d’élèves, employés des transports, ouvriers, fonctionnaires, mais aussi certains religieux et même les… fans de foot se sont élevés contre la nouveauté, se constituant en groupes de pression, investissant les media et la place publique. Cette heure, ils n’en voulaient pas, elle leur est restée en travers de la gorge – ils n’ont d’ailleurs même pas pu en profiter, occupés qu’ils étaient à râler.
Et s’il avait fallu s’adapter, si la mesure d’économie d’énergie avait porté ses fruits à un plan national? Si le gouvernement, faisant fi de petites considérations égoïstes des citoyens lambda, avait imposé, cette année encore, la mesure? Comme le veut la coutume mauricienne, les lobbies se sont déchaînés, prêts à renverser le pouvoir, soucieux de défendre la forteresse des petites habitudes.
Les protestaires disaient qu’ils souffraient, avaient même exprimé leur inquiétude par rapport à la santé mentale de leurs enfants transformés, le temps d’un été, en zombies.
Je ne jugerai pas de la souffrance des autres, ce n’est pas mon rôle. Je me sens cependant obligé, au nom de ceux qui adhèrent aux idées nouvelles, de faire un constat. Avec l’introduction ratée de l’heure d’été sur une base permanente, c’est la faculté d’adaptation du Mauricien au changement qui a été sérieusement ébranlée. Durant l’été 2008, il a été soumis au test, il a échoué.
Pour la majorité d’entre nous, rien ne saurait remplacer les bonnes vieilles habitudes, les traditions. A part quelques retouches cosmétiques, apportées ça et là, nous refusons de voir modifier sous nos yeux le beau tableau que nous appelons notre quotidien. Nous ne pouvons supporter de voir notre train-train changer de rythme, prendre un chemin de traverse.
Quant à nos traditions, nous y sommes ancrés. Rien ne saurait nous en extirper. Elles exercent un chantage émotionnel sur nous, se substituent aux cultures et religions qu’elles sont censées représenter, en devenant l’objet même de la vénération.
Or, rien de tel pour mettre les traditions à l’épreuve que de les bousculer gentiment. Ainsi, à l’avenir, un nouveau groupe pourrait se constituer: celui des Adorateurs de l’Heure d’Eté. Il militerait pous plus de soleil, ferait ses libations le soir à l’autel du couchant. Il assiègerait les journaux, accaparerait les ondes, ferait pression sur les gouvernants pour ré-introduire l’heure d’été…
Ran nu ler lete! serait le slogan. Ridicule? Pas de crainte, le ridicule ne tue pas. La preuve en a largement été faite tout au long de l’été 2008-09.
Monday, September 28, 2009
L’Ile Ville
L’Ile Ville ou les effluves enchanteresses des cités enfouies
A Ebène, l’île Maurice du 21e siècle a déjà pris forme. Au delà de la vitrine que constitue la Cyber Cité, ses petites tours lumineuses, ses bretelles et ses rocades éclairées, son hôtel d’affaires brillamment fréquenté dès que la nuit tombe, Ebène c’est un peu le way forward métropolitain. En fermant les yeux (sauf si l’on est au volant!), on s’y croirait presque...
Du côté de Riche-Terre, l’on n’y est pas encore mais la ville nouvelle de Jinfei promet Rs 25 milliards d’investissement et la création d’un resort a Baie du Tombeau, jadis lieu de villégiature tombé en désuétude et qui ne demande qu’à renaître de ses cendres. Plus loin, dans l’espace et dans le temps, il y aura aussi Highlands, face à Ebène. Le tout sera relié par des ring roads et autres dream bridges.
Longtemps agricole et campagnarde, l’île Maurice est en train de changer de visage, à l’aube du 21e siècle. Les années 10 marqueront la fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère, pour la clé de la Mer des Indes, perle de l’Océan Indien, celle de l’Ile-Ville. C’est l’appel de la modernité qui souffle comme une brise de mer transportant les effluves enchanteresses de cités enfouies sous les décombres de civilisations disparues. Pourquoi ne pas y répondre?
C’est une option et nous avons toutes les raisons de la prendre parce qu’elle nous ouvre les portes de la nouveauté. Cependant, un choix métaphysique – nourri d’idées et de principes issus de notre intelligence pure, nous permettant d’établir une unité entre l'être et l'essence des choses - s’impose à nous, avant même que nous ayons à tenir compte de considérations sociales, urbaines ou environnementales. Avec un oeil rivé sur le rétroviseur de l’Histoire et l’autre scrutant l’horizon nous devons nous poser la question suivante: que voulons nous comme avenir? Pour y répondre tâchons d’être inspirés et lucides.
En 1735, Mahé de La Bourdonnais donnait les premiers coups de pioche. Un peu plus tard, des voyageurs faisant halte à un relai de diligence des Plaines-Wilhems pour curer leurs pipes, contemplaient la vue qui s’offrait à eux, depuis la chaîne de Moka, jusqu’à la Mer des Indes. Avaient-ils prévu qu’une “Ville Lumière” serait érigée à cet endroit, quelques décennies plus tard?…
L’île a depuis longtemps été déflorée et je le dis tout net: nul besoin de la ranger dans la catégorie des vierges effarouchées... Depuis les débuts de l’occupation humaine, les Mauriciens n’ont jamais cessé de couper, de trancher dans le paysage. Comme tous les peuples du monde les Mauriciens ont modelé leur environnement immédiat, en fonction des besoins socio-économiques du moment. Ils ont aménagé des domaines, des jardins, des champs de canne à sucre, enlevant ébéniers et palmiers pour les remplacer par des casuarinas et d’autres espèces exotiques. Des options furent prises, des choix furent faits, suivant un contexte donné. Y en avait-il d’autres, a-t-on eu tort? Fallait-il abandoner l’île et la rendre aux dodos?
Ce n’est pas ce qui fut fait...
Nous avons l’île que nous méritons, elle s’étale tous les jours devant nos yeux. Aujourd’hui, il n’y a pas lieu de regretter quoi que ce soit mais, bien au contraire, de donner à l’oeuvre humaine, vieille de quatre siècles, toute sa dimension en gommant les erreurs et en rajoutant au tableau les détails qui en feront une oeuvre d’art. Inutile de faire un dessin. Les visiteurs qui nous arrivent chaque jour par milliers pour toucher du gros orteil le sable blond du paradis ne cessent de nous le répéter: on est bien au paradis!
Or nous, Mauriciens, ne rêvons que de ce que nous n’avons pas chez nous, du moins pas encore. Nos regards sont perdus ailleurs… Allez, avouons le, pour nous Mauriciens, le paradis n’aurait-il pas plutôt des allures de Champs Elysées, de Piccadilly Circus? Avec le soleil qui se couche dans un souffle de petite brise tropicale?...
A Port-Louis, le front de mer est la tête de pont du rêve de l’Ile Ville. Le 21e siècle y est dèjà en embuscade, bel exemple de ce que l’on peut faire de neuf et de brillant dans un vieil espace usé qui n’avait plus rien à voir avec les images qui enchantèrent Charles Baudelaire. Le beau a retrouvé sa place, même si elle n’est pas naturelle, dans un espace entièrement reconstruit. J’ai une envie folle et pressante de voir ce rêve s’accorder en genre et en nombre, se prolonger tout au long de l’autoroute M1 avec sur son parcours des “Ebène” qui s’égrènent comme un chapelet et se matérialiser en une arabesque urbaine, serpentant d’un bout à l’autre de l’île, dont la tête et la queue serait deux autres fronts de mer, à Mahébourg et Grand-Baie.
La ville n’est pas vile. Elle est peut être propre et durable, humble et économe
Avec ses 2 000 km2, l’île est trois fois plus grande que Singapour et ses 650 km2, disposant d’un ensemble plus cohérent que les Seychelles et leurs 450 km2 d’îlots éparpillés. La proposition est claire: il s’agit de bâtir à partir du bâti, de partir des zones urbaines vers l’extérieur, ceinturant la nature sans l’envahir, depuis le grand nord ses resorts et ses gros bourgs, le nord-est/nord-ouest, le centre et ses villes, centre-est/centre ouest jusqu’au littoral, le sud et ses villages, le sud-est et ses resorts, avec Port-Louis et sa grande périphérie comme boucle, point de départ et d’arrivée. La ceinture urbaine aurait alors toute sa cohérence.
Toute île doit s’aérer, toute ville doit respirer. L’île-ville conservera ses espaces naturels, qui, à défaut d’être vierges, sont des sanctuaires. Essentiels à son équilibre. Sa ceinture verte. Ce sont nos parcs, nos forêts, nos sommets, nos lacs. De Magenta à Chamouny en passant par Le Morne et Grand-Bassin, la ceinture sud-ouest est la plus large. Au sud-est, les Montagnes Bambous et l’espace allant de Ferney à Piton du Milieu en passant par Riche-en-Eau et au centre, depuis Camp Thorel jusqu’à La Nicolière en passant pas Montagne Longue et Nouvelle Découverte, sont les autres poumons de cet ensemble naturel. Les îlots comme l’île Ronde et l’île aux Aigrettes où le principe de conservation naturelle a vu le jour à Maurice, complètent le tableau.
L’Ile-Ville devra aussi identifier des activités industrieuses - et non pas industrielles - ingénieuses et efficaces comme le travail de l’abeille qui lui permettent d’être en accord avec tout ce qui est en train de se mettre en place dans le monde à l’aube du 21e siècle. Ces activités sont encore balbutiantes chez nous.
Que ferait-on des domaines que l’on a qualifié un peu rapidement d’ “intégrés” ? Ils ne sont pas une référence dans la mesure où ils sont des poches d’occupation, d’aménagement – quoiqu’admirables aux plans architectural, paysagiste – mais trop éloignés du principe de base énoncé plus haut: bâtir en partant du bâti, des zones déjà urbanisées, jusqu’à la limite à ne pas franchir, celle de la ceinture verte de façon à et ne pas investir la nature là où elle est la plus exhubérante et fragile.
L’empreinte que l’homme laisse sur la nature doit être uniquement son habitat - ou tout autre espace dédié à cette fonction et à ses corollaires – qui répond aux différents critères du beau.
Ici il convient d’être clair: rien ne pourra se faire si les règles élémentaires de santé, de salubrité, d’équilibre, ne sont pas respectées.
L’autre soir, je suis passé par Ebène et en voyant les petites tours lumineuses, les bretelles et les rocades éclairées, l’hôtel d’affaires qui bourdonne des sons de la nite life, bref de toutes sortes de promesses métropolitaines, j’ai été envahi par un sentiment d’excitation que j’ai voulu partager et qui m’a poussé à écrire tout ce qui précède.
Maintenant, toute la question est de savoir ce que nous voulons, ce que nous sommes prêts à faire. Moi, j’ai déjà ma réponse à la question. Et vous? Quelle est votre vision, votre part d’acceptation du projet d’île-ville?
Lorsque nous aurons tous répondu, de façon unanime à toutes ces questions et seulement à ce moment là, alors nous pourrons nous atteler à la tache. Elle est titanesque et occupera plusieurs générations de Mauriciens durant les 100 prochaines années.
A Ebène, l’île Maurice du 21e siècle a déjà pris forme. Au delà de la vitrine que constitue la Cyber Cité, ses petites tours lumineuses, ses bretelles et ses rocades éclairées, son hôtel d’affaires brillamment fréquenté dès que la nuit tombe, Ebène c’est un peu le way forward métropolitain. En fermant les yeux (sauf si l’on est au volant!), on s’y croirait presque...
Du côté de Riche-Terre, l’on n’y est pas encore mais la ville nouvelle de Jinfei promet Rs 25 milliards d’investissement et la création d’un resort a Baie du Tombeau, jadis lieu de villégiature tombé en désuétude et qui ne demande qu’à renaître de ses cendres. Plus loin, dans l’espace et dans le temps, il y aura aussi Highlands, face à Ebène. Le tout sera relié par des ring roads et autres dream bridges.
Longtemps agricole et campagnarde, l’île Maurice est en train de changer de visage, à l’aube du 21e siècle. Les années 10 marqueront la fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère, pour la clé de la Mer des Indes, perle de l’Océan Indien, celle de l’Ile-Ville. C’est l’appel de la modernité qui souffle comme une brise de mer transportant les effluves enchanteresses de cités enfouies sous les décombres de civilisations disparues. Pourquoi ne pas y répondre?
C’est une option et nous avons toutes les raisons de la prendre parce qu’elle nous ouvre les portes de la nouveauté. Cependant, un choix métaphysique – nourri d’idées et de principes issus de notre intelligence pure, nous permettant d’établir une unité entre l'être et l'essence des choses - s’impose à nous, avant même que nous ayons à tenir compte de considérations sociales, urbaines ou environnementales. Avec un oeil rivé sur le rétroviseur de l’Histoire et l’autre scrutant l’horizon nous devons nous poser la question suivante: que voulons nous comme avenir? Pour y répondre tâchons d’être inspirés et lucides.
En 1735, Mahé de La Bourdonnais donnait les premiers coups de pioche. Un peu plus tard, des voyageurs faisant halte à un relai de diligence des Plaines-Wilhems pour curer leurs pipes, contemplaient la vue qui s’offrait à eux, depuis la chaîne de Moka, jusqu’à la Mer des Indes. Avaient-ils prévu qu’une “Ville Lumière” serait érigée à cet endroit, quelques décennies plus tard?…
L’île a depuis longtemps été déflorée et je le dis tout net: nul besoin de la ranger dans la catégorie des vierges effarouchées... Depuis les débuts de l’occupation humaine, les Mauriciens n’ont jamais cessé de couper, de trancher dans le paysage. Comme tous les peuples du monde les Mauriciens ont modelé leur environnement immédiat, en fonction des besoins socio-économiques du moment. Ils ont aménagé des domaines, des jardins, des champs de canne à sucre, enlevant ébéniers et palmiers pour les remplacer par des casuarinas et d’autres espèces exotiques. Des options furent prises, des choix furent faits, suivant un contexte donné. Y en avait-il d’autres, a-t-on eu tort? Fallait-il abandoner l’île et la rendre aux dodos?
Ce n’est pas ce qui fut fait...
Nous avons l’île que nous méritons, elle s’étale tous les jours devant nos yeux. Aujourd’hui, il n’y a pas lieu de regretter quoi que ce soit mais, bien au contraire, de donner à l’oeuvre humaine, vieille de quatre siècles, toute sa dimension en gommant les erreurs et en rajoutant au tableau les détails qui en feront une oeuvre d’art. Inutile de faire un dessin. Les visiteurs qui nous arrivent chaque jour par milliers pour toucher du gros orteil le sable blond du paradis ne cessent de nous le répéter: on est bien au paradis!
Or nous, Mauriciens, ne rêvons que de ce que nous n’avons pas chez nous, du moins pas encore. Nos regards sont perdus ailleurs… Allez, avouons le, pour nous Mauriciens, le paradis n’aurait-il pas plutôt des allures de Champs Elysées, de Piccadilly Circus? Avec le soleil qui se couche dans un souffle de petite brise tropicale?...
A Port-Louis, le front de mer est la tête de pont du rêve de l’Ile Ville. Le 21e siècle y est dèjà en embuscade, bel exemple de ce que l’on peut faire de neuf et de brillant dans un vieil espace usé qui n’avait plus rien à voir avec les images qui enchantèrent Charles Baudelaire. Le beau a retrouvé sa place, même si elle n’est pas naturelle, dans un espace entièrement reconstruit. J’ai une envie folle et pressante de voir ce rêve s’accorder en genre et en nombre, se prolonger tout au long de l’autoroute M1 avec sur son parcours des “Ebène” qui s’égrènent comme un chapelet et se matérialiser en une arabesque urbaine, serpentant d’un bout à l’autre de l’île, dont la tête et la queue serait deux autres fronts de mer, à Mahébourg et Grand-Baie.
La ville n’est pas vile. Elle est peut être propre et durable, humble et économe
Avec ses 2 000 km2, l’île est trois fois plus grande que Singapour et ses 650 km2, disposant d’un ensemble plus cohérent que les Seychelles et leurs 450 km2 d’îlots éparpillés. La proposition est claire: il s’agit de bâtir à partir du bâti, de partir des zones urbaines vers l’extérieur, ceinturant la nature sans l’envahir, depuis le grand nord ses resorts et ses gros bourgs, le nord-est/nord-ouest, le centre et ses villes, centre-est/centre ouest jusqu’au littoral, le sud et ses villages, le sud-est et ses resorts, avec Port-Louis et sa grande périphérie comme boucle, point de départ et d’arrivée. La ceinture urbaine aurait alors toute sa cohérence.
Toute île doit s’aérer, toute ville doit respirer. L’île-ville conservera ses espaces naturels, qui, à défaut d’être vierges, sont des sanctuaires. Essentiels à son équilibre. Sa ceinture verte. Ce sont nos parcs, nos forêts, nos sommets, nos lacs. De Magenta à Chamouny en passant par Le Morne et Grand-Bassin, la ceinture sud-ouest est la plus large. Au sud-est, les Montagnes Bambous et l’espace allant de Ferney à Piton du Milieu en passant par Riche-en-Eau et au centre, depuis Camp Thorel jusqu’à La Nicolière en passant pas Montagne Longue et Nouvelle Découverte, sont les autres poumons de cet ensemble naturel. Les îlots comme l’île Ronde et l’île aux Aigrettes où le principe de conservation naturelle a vu le jour à Maurice, complètent le tableau.
L’Ile-Ville devra aussi identifier des activités industrieuses - et non pas industrielles - ingénieuses et efficaces comme le travail de l’abeille qui lui permettent d’être en accord avec tout ce qui est en train de se mettre en place dans le monde à l’aube du 21e siècle. Ces activités sont encore balbutiantes chez nous.
Que ferait-on des domaines que l’on a qualifié un peu rapidement d’ “intégrés” ? Ils ne sont pas une référence dans la mesure où ils sont des poches d’occupation, d’aménagement – quoiqu’admirables aux plans architectural, paysagiste – mais trop éloignés du principe de base énoncé plus haut: bâtir en partant du bâti, des zones déjà urbanisées, jusqu’à la limite à ne pas franchir, celle de la ceinture verte de façon à et ne pas investir la nature là où elle est la plus exhubérante et fragile.
L’empreinte que l’homme laisse sur la nature doit être uniquement son habitat - ou tout autre espace dédié à cette fonction et à ses corollaires – qui répond aux différents critères du beau.
Ici il convient d’être clair: rien ne pourra se faire si les règles élémentaires de santé, de salubrité, d’équilibre, ne sont pas respectées.
L’autre soir, je suis passé par Ebène et en voyant les petites tours lumineuses, les bretelles et les rocades éclairées, l’hôtel d’affaires qui bourdonne des sons de la nite life, bref de toutes sortes de promesses métropolitaines, j’ai été envahi par un sentiment d’excitation que j’ai voulu partager et qui m’a poussé à écrire tout ce qui précède.
Maintenant, toute la question est de savoir ce que nous voulons, ce que nous sommes prêts à faire. Moi, j’ai déjà ma réponse à la question. Et vous? Quelle est votre vision, votre part d’acceptation du projet d’île-ville?
Lorsque nous aurons tous répondu, de façon unanime à toutes ces questions et seulement à ce moment là, alors nous pourrons nous atteler à la tache. Elle est titanesque et occupera plusieurs générations de Mauriciens durant les 100 prochaines années.
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